d’autres et de « moi »…

RE

Dans le fond, on est tous passés par là.
On se rappelle pas, c’est tout !
Car ça nous a fait mal… sur le coup.
Mais y a pas de raison. Non, y a pas de raison.
Y a juste un cœur qui bat, déjà si fort.
On ne pleure pas, non ! pas encore…
Mais on sait, car on le sent :
Le vent du soir dans la forêt des songes,
Les mots doux sur son ventre,
Les baisers en volées d’ailes de papillons.
On sait le fleuve qui cherche l’océan,
Traversé par des chutes fougueuses.
On connaît la caresse ombrageuse
Des saules silencieux, les pieds noyés
Dans la fraîcheur d’une rivière aimante.
Et l’on aime déjà, bercé
Dans une onde angélique.
On aime de tout son cœur à battre les tambours,
Les peaux toujours tendues des amours païennes.
On aime et l’on craint les orages déchirant
Les ciels bleus, les mers infinies – Tout se tait, enfin…
La pluie frappe à la fenêtre du grand arc-en-ciel.
La pluie lave les pieds des montagnes dressées.
On ne dit pas encore « Je », on se dit : « Nous ».
Mon cœur et le vôtre est à Nous.
On connaîtra bientôt les sombres déchirures,
Le couteau inflexible des séparations,
L’aiguille du temps plantée aux rides des aimés.
Et l’on voudra savoir, les horizons lointains,
Sans se douter encore des écueils amers.
Père, mère, chemins tracés dans une éternité ;
Nous nous baignions alors au même firmament,
Aux nues du grand commencement.
On le comprend le jour, où, si loin de la source,
Egarés dans quelque labyrinthe,
Dans des déserts sans fin,
On se décide enfin à compter à rebours.
Car quand on en peut plus d’appeler au secours,
De jeter au miroir du ciel ce « Je » désemparé ;
Ce Je veux, Je sais, J’ai peur, Je ne comprends plus, Je t’aime, Je te hais ;
Moi – Moi – Toi- Je – Je…
Nous
Car quand on en peut plus d’appeler au secours,
Qu’on abandonne aux pieds des grandes vanités,
Ce qui nous fait de chair désespérée ;
Agenouillés sur quelque rivage abordé,
Nous plongerons enfin aux profondeurs des flots
Sans nous faire épingler au miroir d’argent.

Spectacle hallucinant !
Des myriades de poissons étincelants,
D’anémones écarlates,
Des forêts en corail, bleues, jaunes, inouïes,
Des parapluies flottants, tentacules diaphanes,
Un crabe chahutant des algues lumineuses.
Quand nous aurons plongés, plus qu’un regard,
Dans l’intime berceau de la nativité ;
Saumons étincelants bravant le cours du temps ;
Nous y viendrons encore, enfants émerveillés,
A l’aube de l’hier, au printemps annoncé,
Pour boire à la jarre intarissable,
A l’eau de vie, au vin flamboyant des recommencements.

Il nous faudra sourire pour
Léger
Flotter au fil du temps et se gorger de Joie :
Mère des commencements.

7 mars, 2010 à 8:44


Un commentaire pour “RE”


  1. Hélène Carle écrit:

    Ces lignes ont une rondeur, une robe de couleur intense, une saveur à découvrir. Ces lignes se lisent comme on boirait un bon vin, lentement pour les laisser nous livrer tous leurs secrets. Je reviendrai vous lire avec plaisir!


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