d’autres et de « moi »…

» Catégorie : 05 – Recueil : Chair et Sang


Commentaires » 0

Chant 1/

Parce que je vais bientôt mourir, je vais te dire à toi qui vient de naître et, je m’en excuse devant ma race de ne l’avoir pas fait plus tôt.J’aurais pu, je le sais maintenant, mais je n’ai pas voulu voir, je n’ai pas voulu croire… J’avais peur. J’étais frère des mes semblables parce que je craignais ce moment.J’ai figé le torrent qui naguère avait couru dans mes veines. A genoux, sur le ventre, sur le dos, les mains jointes, menottées : j’ai prié, je l’avoue.J’ai prié qu’on m’épargne. J’avoue l’hypocrisie : j’ai prié qu’on m’épargne ; ne pas être nommer.J’ai laissé pousser ma barbe.J’ai sanctifié le billet vert.J’ai courtisé l’Europe.Je suis catin du monde.J’ai porté la cravate, je me suis couvert en aube, en djellaba.Mon épouse était chienne, prostituée de l’orient, ménagère américaine, présidente européenne.Je la frappais, je la flattais.J’étais homme du mépris.J’ai contaminé mille enfants de la Chine et la Corée.J’ai virulé mon esprit de cyber-pornographie.J’ai prié, à genoux, je l’avoue…Qu’on m’épargne !Quel âge as-tu dis-moi ?Nouveau né, trente ans, soixante ans ?Je vais mourir, tu sais !Je vais mourir d’être pas né, de l’avoir refusé. Qu’ai-je fait ?J’ai prié, j’ai léché toutes les convoitises de l’or et d’au-delà.J’ai été homme avant d’avoir vécu.Je suis sida, cancer et amnésique.

Suis-je né quelque part ?
D’un père, d’une mère ?
Je me souviens… peut-être un peu.
Elle avait tes yeux.
Il avait ton sourire.
Elle criait, il pleurait… je suis né de la chair et du sang.
Je mourrai de la chair et du sang.
Allah ! Mon dieu ! Implorais-je, hypocrite…
Fortune ! Qu’ai-je gagné ?
Un château hanté dans une terre nordique, un Riad asséchant la cité…
Qu’ai-je fait ? Une fois seulement ai-je dis : « je te vois, je t’entends ».

Je me souviens d’une voix, elle me disait mes yeux, ma bouche et mes oreilles. « Rentre ta langue, remonte ta culotte ! ».
« Je fais le tour de la maison, je ferme les volets, je ferme les fenêtres, je ferme la porte et je tourne la clé… Ainsi font, font, font, trois petits tours et puis s’en vont… ».
L’as-tu connue, la voix ?

Je vais mourir, tu sais ?
J’ai perdu la mémoire, que pourrais-je te dire, moi qui voudrais parler ?
Je n’ai rien vu car je n’ai pas vécu.

» Lire la suite