d’autres et de « moi »…

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Cendrillon

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Septembre 2006

 

 

Cendrillon

 

            Un carrosse…

                  Et l’incessant concert des voitures à klaxons. Elle marche… les jambes frêles, pieds nus… aux clous d’un passage… trébuche… une éraflure et le genou qui saigne…

            Un carrosse…           

            Et le tumulte de la ville qui jamais ne s’endort… elle cherche… un pré, une rivière et de l’eau qu’on peut boire… elle cherche…

            Un carrosse…

            Et l’aiguille au clocher poursuit sa course… inlassablement trotte… et le temps qui s’échappe aux bouches des égouts… elle lève les bras au ciel et son cœur au tympan des églises… une prière, et pour seule réponse la chute fracassante du bourdon d’un clocher…

            Un carrosse…

            Qui l’emmènerait loin du fracas de la ville…

            Un carrosse…

            A celle-là, tremblante, sans papier, sans sourire à prêter aux clients. A celle-là, à ces rêves froissés. Sans papier.

            Un carrosse…

            A celle-là, qui n’en veut plus des allers sans retours. Qui n’en peut plus des coups et des bleus dans ses rêves.

            Un carrosse…

            Et des chevaux ailés pour suspendre le temps… s’évader… loin des aiguilles menteuses, des pieux des églises, des paradis artificiels.

            Un carrosse…

             Pour entendre la valse, des rondes d’autrefois, quand dans les prés chantait l’accordéon et la voix de celui qui dans son lit le soir lui fermait les paupières de deux baisers aimants.

            Un carrosse…

            Pour le lui dire encore… pour le lui dire avant… « Papa ».

            Un carrosse…

            Peut-être ce soir, avant minuit… et pour qu’enfin, le temps, l’espace d’un instant… elle y croit… et que l’autre aux poings durs ne récolte sa rente… et qu’elle ne boive plus du bouillon trop amer des citrouilles à grimaces.

            Un carrosse…

            Pas de courge érigée en montagne à supplice, pas de ce potiron, la tête vide et du feu dans les yeux.

            Un carrosse…

            Pour l’emmener à l’Est… on fête Mardi-gras… les filles sont princesses et les garçons charmants… on y ouvre les portes des joies simples et des sourires, parce qu’on n’y connaît pas de monstres à tête d’homme… ni Mister Hide, ni l’Eventreur.

            Un carrosse…

Pas de citrouille…

            Et quand sonne minuit…

            Des chaussures légères pour s’en aller au bal des innocents.

            Un carrosse…

            Pas d’escarpins de verre…

            Un carrosse…

sans titre

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Au travers des rayons, il regardait le monde.

La roue tournait, vite.

Il avait posé sa bicyclette, à l’envers, sur la selle et le guidon.

Assis sur le sol, il faisait tourner le pédalier et observait ainsi les gesticulations de la foule, par l’ouverture circulaire et au travers du voile formé par les rayons tournant autour de l’axe.

Parfois, il inversait le mouvement pour s’imaginer le monde en marche arrière.

Et si, et si… Et s’il arrêtait de tourner ?

 

Il était l’idiot de la place.

 

On l’aimait parce qu’il avait une belle voix, parce que les chats et les chiens s’installaient autour de lui pour l’écouter chanter.

 

            « Tourne, tourne la roue

            Le ciel a les joues roses

            Belle, belle est la vie

            Quand les flamands se posent… »

 

Il chantait aussi dans d’autres langues qu’on ne comprenait pas. Mais les chats et les chiens l’écoutaient sagement. Eux seuls semblaient y entendre quelque chose.

 

Advint le jour où tous les chats et tous les chiens disparurent.

L’idiot debout près de sa bicyclette s’était tu. Il ne bougeait plus…

Sur la place, les passants s’étaient arrêtés de marcher. Le silence recouvrait tou et rien ne semblait vouloir tirer le soleil d’une aurore qui n’en finissait pas.

Une aurore qui s’assombrissait à petit feu.

 

Tous levèrent la tête vers le volcan.

 

L’idiot avait bien remis sa bicyclette à l’endroit.

Il l’enfourcha et parti vers le nord.

Plus jamais il ne reviendra, il a suivi ses compagnons ; les chats, les chiens.

Il chante ailleurs sûrement, pour faire tourner la roue d’autres aubes naissantes.