d’autres et de « moi »…

» Catégorie : 07 – Conte : La Petite Fille à l’Allumette


Conte : La Petite Fille à l’Allumette

Commentaires » 0

Le temps, l’espace et la lumière.

Un fleuve, un pont, le soleil.

Elle regarde… Elle attend…

Un amour débordant… sous le pont la rivière, et l’écume.

Elle questionne.

-         Pourquoi me regardez-vous ?

Une allumette à gratter au bitume. Un rêve au coin des lèvres.

-         Pauvre folle, vous me voyez !

Jamais elle ne dit « Je ». Elle ne le dit pas. Elle aime.

-         Vous m’entendez, dites !? Vous m’entendez ? La rivière coule et vous passez. Voyez-vous ? La rivière coule !

Sur le pont les passants passent. On lui donne une pièce, elle la jette à la rivière.

-         Un vœu pour le bienheureux ! Un vœu pour lui ! Que la rivière l’avale ! N’avez vous pas entendu, le bruit de la chute ? L’argent ne flotte pas, l’argent coule et ne nourrit pas les poissons. Mais le poisson nourrit l’argent. D’autres poissons marchent aussi sur le pont, grignotés du temps gagné, du temps perdu. Le temps c’est de l’argent !

Elle pêche sur le pont. Pêcheuse ou pécheresse ? Elle pêche. On lui donne un sourire, elle le rend.

-         Pourquoi prendre le pont ? Empruntez la rivière ! Elle coule à flot vers l’océan.

Les passants passent, elle reste. Le temps s’écoule sous le pont. Les poissons ont quittés la rivière, il y a bien longtemps ; ils marchent sur le pont.

-         Ecoutez-moi ! Plongez, plongez, on vous attend !

M’entendez vous ! C’est moi, vous me reconnaissez ? L’allumette, vous me l’avez offerte !

On ne l’entend pas, on passe et la rivière coule. Seul un aveugle s’arrête. L’aveugle :

-         une allumette ?

-         Pour allumer les étoiles, cette nuit quand la nuit plongera son reflet dans les eaux de la rivière.

-         Malheureusement, je n’y verrai rien. Comment êtes-vous, dites-moi ?

-         Nue, toute nue ! Touchez-moi pour vous souvenir !

Et l’aveugle la touche.

-         Vous mentez, vous êtes vêtue !

L’aveugle la caresse, elle ne dit rien. Il glisse une main sous sa jupe. Elle est douce. Elle regarde les passants.

-         La rivière coule, n’entendez-vous pas ?

Et l’aveugle l’appuie contre le parapet, il relève sa jupe, baisse son pantalon.

-         Te voilà nue !

Elle est le lit quand la rivière coule. L’aveugle la sert au ventre, elle crie. Et l’aveugle voit. Elle tient, très fort contre son sein, une allumette. L’aveugle voit et plonge à l’eau. La fille, la jupe retroussée :

-         Ne voyez-vous pas ? il a rejoint les flots ! Qu’attendez-vous ?

Une passante en fourrure de l’autre côté passe. La fille, la jupe retroussée :

-         C’est l’été, combien pour la quête ? Combien pour le curé ?

La passante la toise. Elle sent la cire des cierges. Elle sent l’eucharistie. Du sang du vison goutte à ses manches.

-         L’argent vous mange !

-         Ma fille, êtes-vous vierge ? Votre jupe est retroussée ! Vous allez prendre froid. C’est l’hiver, couvrez-vous, la rivière est gelée.

Et la bigote saigne, elle retire son manteau, la bigote saigne.

-         Vous voyez, c’est l’été ! Jetez-le ! Jetez ce manteau ! Dans la rivière !

Elle le lâche sur le bitume.

-         C’est l’été ? je n’ai pas fêté la Saint Jean. Je dois aller prier. Garder mon manteau, il protège bien du froid ! j’ai du sang sur les mains. Désolée, petite, je n’ai plus de monnaie pour toi, je l’ai donnée au curé. Garde le manteau ! je vais me laver les mains.

Il est sur un pont une fille, une femme. Et la femme se jette à l’eau, et la rivière l’accueille. La fille tient, serrée contre sa poitrine, une allumette. Et d’autres poissons passent sur le pont. Ils piétinent le manteau. Et le vison crie, et le vison se jette à l’eau.

Et le curé passe avec le butin du dimanche. Et dans ses poches tremble l’argent.

-         Bonjour mon père !

La fille, la jupe retroussée, avec son allumette.

-         Voulez-vous vous confessez ? mais d’abord, cachez vos cuisses !

Avez-vous péché ?

-         Un aveugle, une fourrure, une bigote !

-         Le Seigneur puisse vous pardonner ! Que tenez-vous, là, dans votre main ?

-         Vous ne savez donc pas ? Une allumette !

-         Pour allumer un cierge ? Brave enfant. Permettez ! ce n’est pas grand chose, c’est juste une pièce, tenez ! Prenez ! Que le Seigneur vous préserve.

La fille jette la pièce à l’eau pour les poissons aux écailles d’argent. Il pleut. Les gouttes scintillent au dessus du pont. Et le curé pleure. Elle lui prend la main.

-         Vous avez la main froide !

La petite l’embrasse, la petite sans nom. La petite sans pudeur, sans baptême. Et le curé plonge à la rivière avec sa bourse du dimanche, et l’argent de la sainte quête pour habiller les poissons. Les poissons de l’eau du dessous, de la première eau.

Les parapluies se sont ouverts pour l’automne. Il pleut sur le pont. Les passants passent et ne s’arrêtent pas quand le ciel pleure. La fille danse sur le pont, les passants passent, un jeune homme s’arrête. Il la regarde.

 

-         Pourquoi danses-tu ?

-         Les feuilles tournent et les filles dansent !

-         Tu es étrange.

-         Tu étudies ?

-         Oui, je suis étudiant ! Je regarde les filles qui dansent. Es-tu un ange ?

-         Tu ne vois pas ? la rivière et les poissons ! Qu’attends-tu ?

L’étudiant scrute les flots. Pas de poisson.

-         Je peux te dessiner, tu t’appuies sur le parapet et je te dessine. Tu veux ?

-         Dessine-moi un poisson, d’accord !

L’étudiant dessine un poisson. Elle lui sourit. L’étudiant se roule une cigarette.

-         As-tu du feu ?

-         Une allumette. Une seule, pour cette nuit. Fais voir ton poisson !…

Il faut qu’il aille à la rivière. Il est magnifique. Merci.

La fille l’embrasse, entre ses doigts, le dessin glisse. Le poisson rejoint les flots, sous le pont. La fille pleure ; une larme à la rivière. L’étudiant disparaît sous le pont avec son poisson, il avait souri et s’était jeté à l’eau.

La neige tombe sur le pont et les passants dessinent leurs empreintes. Des enfants font une bataille de boules de neige. La fille sourit, elle sourit aux saisons qui passent sur le pont. La jupe retroussée, la fille sourit et le gendarme s’arrête. Plus d’empreintes, sous ses bottes… Le gendarme siffle et tous les enfants s’envolent en nuée de flocons.

-         Que faites-vous en jupe par ce temps ?

-         Ma jupe est retroussée, cela fait rire les enfants !

-         Attentat à la pudeur ! N’avez-vous pas de manteau ?

-         Il s’est jeté à la rivière.

-         De l’argent pour en acheter un autre ?

-         L’argent, c’est pour les poissons… et leurs écailles brillent !

-         Vos papiers !

-         A la rivière avec l’étudiant.

-         Vous n’avez rien à faire sur ce pont !

La fille à l’allumette et le gendarme se regardent. Il voudrait l’emmener… au poste. Elle lui vole son sifflet. Le sifflet brille, elle le jette à l’eau pour les poissons.

-         N’entendez-vous pas ? les poissons.

Le gendarme la sert très fort, au poignet. – Suivez-moi !

Les doigts de l’agent lui marquent la peau. Et tous les poissons crient dans la rivière. Les yeux de l’agent deviennent rouges, rouges comme le feu. Et le vent souffle. La petite s’accroche d’une main au parapet. Le feu de l’agent brûle ses yeux.

-         Attentat à la pudeur. Voie de fait sur la place publique. Incitation à la débauche. Prostitution même ! Traînée ! Petite salope ! Et mon sifflet.

L’agent lui brûle la peau. Le vent ! les poissons crient. L’agent est rouge, il brûle. Elle sert très fort l’allumette dans sa main.

L’agent en feu se jette à l’eau, les poissons crient. L’eau bouillonne.

Et la fille frotte son poignet bleu. Le jour baisse. Elle s’assied dans la neige, la jupe retroussée, elle regarde les empreintes au sol. Les empreintes de bottes. Les passants passent toujours et les enfants reviennent. Les enfants :

-         Il t’a fait mal le gendarme ?

-         Oui, un peu.

-         Et le sifflet ?

-         Vous l’entendez ? Le sifflet poisson chante dans la rivière ! le sifflet d’argent, poisson d’argent ! Il chante !

Et les enfants dans la neige font la ronde. Le sifflet chante et les enfants dansent. Tournent en rond main dans la main. Tourbillonnent les flocons. Dans la rivière siffle le poisson. La fille sourit aux enfants et tous les enfants sautent dans la rivière pour attraper le poisson. Et l’écume scintille de l’eau de la rivière, sur le pont les flocons blancs virevoltent et la fille danse et le poisson se tait avec l’écume et les enfants.

La fille tourne et se cogne, se cogne au parapet, au réverbère, aux passants poissons morts. La fille se cogne à la femme, la femme enceinte.

-         Vous ne pouvez pas faire attention ? Vous ne voyez donc pas ? Je suis enceinte.

La femme s’appuie au parapet. Elle cherche. La fille à l’allumette lui sourit.

-         Votre ventre, il est gonflé. C’est pour quand ?

-         La date est passée, il n’y en a plus pour long… Vous n’avez pas vu un petit garçon ?

-         Ce sera un petit poisson !

-         Un petit garçon blond.

-         Que des poissons chantant, dansant dans la rivière.

La femme jette un regard à l’eau. Elle cherche son enfant.

-         Que des poissons d’argent. Ce sera pour bientôt, le petit poisson blanc dans la rivière.

Elles se regardent. La neige se tait. Un homme s’arrête, un homme parle, un homme cri :

-         Vanité des vanités !

La fille lui sourit, la femme serre ses deux mains sur son ventre.

-         Vanité des vanités ! Il n’y aura pas d’étoiles ce soir.

Et l’homme se jette à la rivière. Et tous les poissons sautent et sifflent, dans la ronde les poissons chantent. La femme pleure, ses mains sur le ventre.

-         Il bouge, touchez, il bouge !

La fille lui caresse la joue. La femme pleure et transpire. Son front humide brille. La fille à l’allumette. Et la femme pleure, elle a chaud. Tous les poissons chantent, et la neige s’est tue, l’homme à l’eau, suicidé. Et la femme appelle son enfant. Le sifflet chantant siffle. La petite fille regarde les poissons et l’écume, l’écume quand la mère et son petit poisson plongent. Et toute la famille dans l’eau tourne. En tourbillon, les poissons dansent.

Sur le pont, le réverbère éteint grésille et jette les ombres des passants muets. Les ombres des passants sombres sur la neige. Derrière un grand bulding, le soleil s’assoupit. L’ombre de la ville sur l’autre rive se jette à la rivière. La petite sert plus fort son allumette contre son sein. Son petit sein. L’eau paisible coule sous le pont et tous les poissons se taisent.

La fille voit de l’autre rive, au bout du pont. Elle tremble. L’ombre du bulding crache une ombre sur la neige. Une ombre sombre d’un passant costumé. Et l’ombre grandit et trace sur la neige une silhouette noire coiffée d’un chapeau gris. L’ombre s’arrête et la fille crie. L’ombre parle :

-         Toi ! la jupe retroussée. Veux-tu de l’or ? j’ai de l’or à te donner. Combien en veux-tu ?

Pour un moment contre la fille et le réverbère, il lui offre de l’or. Et sous le pont, l’eau dort.

-         J’ai gagné à la bourse. Aujourd’hui, j’ai de l’or dans les poches.

La fille regarde dans la rivière. Elle ne le regarde pas. Serrée entre l’homme et le réverbère, avec son allumette contre son cœur. L’ombre de l’homme s’étale sur le parapet et s’allonge à la surface de l’eau. La lumière du réverbère… jaune ! La lumière d’or sur la neige, à la surface de l’eau. La lumière jaune s’étale sur les flots. La fille sourit.

-         Regardez, regardez l’eau ! Elle dort, paisible.

L’homme d’affaire, affairé, regarde.

-         Je me vois, je me vois à la surface !

Sous le pont, la rivière étend son miroir d’argent, et l’or du réverbère, et l’or de l’homme sombre s’y reflète.

-         Entendez-vous ? le murmure…

L’homme jette son ombre et son chapeau au miroir d’or de la rivière. La fille à l’allumette grelotte, il fait froid. Et l’or du réverbère plonge dans les flots. Et l’ampoule grésille, et l’homme s’accroche au parapet, tiré par le poids de son chapeau, de son ombre, au miroir d’or des flots. La fille éclate de rire, l’ampoule grésille, l’homme se noie dans les flots. Derrière le bulding, le soleil s’éteint et tous les poissons d’argent chantent et sifflent sous le pont.

Il est un pont, sur un lieu de la terre, un pont traversé par des passants poissons morts. Et sous le pont, une rivière avec des poissons chantants, des poissons d’argent, des poissons dansants.

Les saisons passent, une petite fille sur le pont, la jupe retroussée, écoute les poissons, regarde les passants. Et les flots sous le pont avalent l’ombre de la ville, et la clarté des réverbères. Et la fille tient une allumette collée contre sa joue ; contre le parapet, la fille regarde les passants et les ombres sur les dalles de béton et sur le bitume du pont. Le vent apporte le printemps et les oiseaux des autres mers. Dans la nuit douce, sous le pont, les poissons d’argent parlent aux oiseaux. Et de l’eau du dessous, et de l’eau du dessus, les poissons, les oiseaux parlent du printemps.

La fille sourit aux amoureux appuyés au parapet. Ils regardent le printemps au coin des yeux de l’être aimé. La fille leur sourit :

-         Dites-moi ! quand viendra l’heure de l’été, vous irez vous baigner, dites-moi ?

-         C’est la saison des amoureux, c’est le printemps. Quand viendra l’heure de l’été, nous construirons notre maison, pour passer l’hiver bien au chaud et élever nos enfants.

Mais qui es-tu ?

La petite fille leur sourit. De la rivière monte un songe et le chant des poissons d’argent.

-         Entendez-vous ? dans la rivière, les poissons d’argent vous appellent !

-         Nous nous aimons, nous regardons le ciel !

-         Regardez dans l’eau ! les poissons, ils scintillent d’écailles argentées. Le ciel est dans l’eau, voyez-vous ?

Les amoureux ne voient pas les étoiles, le ciel est noir, le ciel est vide. A la lumière du réverbère, les amoureux ferment les yeux et s’embrassent sur le pont. C’est le printemps, c’est l’heure de s’aimer. Il est minuit sur le pont, l’amoureux serre son aimée. Et dans la cité endormie sonnent les cloches des églises. Une à une sonnent les cloches et tous les poissons sautent sous le pont, dans l’eau paisible sautent les poissons. Les oiseaux de minuit s’embrassent, sourds et aveugles sur le pont. Alors la petite fille pleure et jette à l’eau des fleurs, des fleurs du printemps. Un souffle chaud pousse les passants sur le pont, les amoureux ne bougent plus, ils sont accrochés l’un à l’autre au parapet de leur amour. Un homme les voit, il sourit, la petite fille pleure.

-         Pourquoi pleures-tu ?

-         Parce qu’ils ne voient pas les poissons, parce qu’ils veulent les étoiles.

Et l’homme rie. Il parle fort, il crie !

-         C’est le printemps des amoureux, quand la biche rejoint le cerf ! Et qu’un flux d’hormones envahit le sang chaud des démunis. Ils cherchent alors la compagne. Le vent de la fertilité les pousse l’un contre l’autre.

Et la petite fille pleure et les poissons sifflent dans l’eau. La lumière du réverbère fleurit et tous les oiseaux de nuit crient. Les amoureux ouvrent les yeux. L’homme parle :

-         Loi de la vie. Les individus poussés l’un à l’autre par quelques instincts s’accouplent sur les parapets. C’est le printemps.

Les amoureux crient et pleurent. – S’était écrit. – La fillette leur sourit ; ils pleurent, ils regardent la rivière, les poissons d’argent pleurent. La fillette leur parle au creux de l’oreille :

-         Voyez cette allumette, c’est pour allumer les étoiles !

Et l’homme savant rie, il s’accouple au réverbère. Le savant démuni crie, seul, il s’accouple au réverbère et se jette à la rivière. Et la lumière du flux d’électrons se tait. Les amoureux se sourient et montent au parapet. Des fleurs d’argent leurs perlent aux paupières et les amants plongent dans l’eau des poissons. Toute la nuit couvre le pont et la ville et la rivière.

La petite fille sourit, elle regarde les passants sur le pont. C’est la Saint Jean, il fait chaud. La foule envahit le pont. On fête la Saint Jean ! Les hommes, les femmes, les enfants ont la tête levée vers le ciel noir. Tous les passants s’arrêtent sur le pont, le temps s’arrête, et l’on va fêter la Saint Jean. Et la petite fille pleure avec tous les poissons. Des feux éclatent dans le ciel. Grand artifice flamboyant en couleurs de rêves d’enfants. L’humanité fabrique ses étoiles. Et les gens s’écrient sur le pont… Oh ! la belle bleue ! la belle jaune ! la belle verte !

Les feux tombent dans la rivière, les poissons chantent et l’eau bouillonne.

Un dernier jet vers l’infini du ciel d’été. Tout se tait. La petite fille sur le pont, sur le parapet, lève la main et l’allumette flambe et les passants s’écrient… les étoiles s’allument.

Et la foule s’écrie :

-         Regardez ! sur le pont !

Est-ce un ANGE ?

Au miroir des flots les étoiles se plongent. En comète, en nuées d’étincelles. La fille de la rivière, de l’avant, de l’après, allume les étoiles, et tous les passants s’arrêtent et chantent avec les poissons. La ville s’éclaire et se plonge à la mer. Et l’horizon s’enflamme, les étoiles filantes se noient dans les flots. L’univers se replie sur l’onde, sous le pont. Et les montagnes, et les forêts, les dunes de sables des océans lointains, les hautes tours plantées par les hommes, les déserts et les routes… l’univers se replie. Et tous les passants poissons chantent, et dansent et nagent dans l’eau. La fillette au parapet, à l’allumette pleure. Elle est la rivière du commencement et le déluge de feu de la fin. La jupe retroussée, dans le fracas des étoiles du déluge de feu, d’or et d’argent ; la fillette embrasse la rivière, et les poissons.

Elle ne dit jamais « Je », elle rie, elle pleure, elle est le temps et l’espace. Elle est l’instant d’un bonheur rayonnant, elle aime. Et tous les poissons regagnent la rivière, les flots d’argent et les étoiles d’or. Et la rivière boit le réverbère, et le parapet, et le pont. La petite fille, la jupe retroussée rie, pleure… et les eaux du dessus embrassent les eaux du dessous.